Dans mes nuits qui n'en sont plus
Tu me manques.
Dans ma bouche qui se dessèche
Dans mon sang refroidi
Dans mes yeux sans horizon
Dans mon souffle saccadé
Tu me manques.
Dans la fenêtre fermée
Dans le silence des pierres
Dans l'oiseau qui lacère le ciel
Sans un cri, sans un mot
Dans la lampe inutilement allumée
Dans le vide trop palpable
Des secondes naufragées,
Dans la clé endormie
Tu me manques.
Dans le sable à ma bouche
Dans la cendre à ma main
Dans l'épine à mon front
Dans le feu à mon ventre
Dans le plomb des habitudes
Dans le marbre des traditions
Dans la fuite des siècles
Qui martèlent à ma tempe
Dans l'avenir arrêté
Dans le geste suspendu
Dans la paupière alourdie
Et dans l'image sans attrait
Tu me manques.
Dans ce qui ne sera
Dans ce qui ne peut être
Dans ce que je renonce
Dans ce que j'abandonne
Dans ce que je refuse
Tu me manques.
Dans ce qui n'est pas toi
Dans ce qui n'est pas moi
Dans le souvenir né
Dans le seul souvenir
Parce que je ne peux être
Lorsque tu n'es pas
Parce que toi et moi
Souffront d'in-conjonction
Parce qu'il n'est de rêve
Où tu ne serais pas
Ni de terre arrêtée
Sans ta berge marine
Parce que t'imaginer
C'est t'arracher de moi
C'est jeter le mouchoir
De nos songes-désirs
Parce que sans Notre-Dame
Paris ne serait rien
Ni l'enfant sans la mère
Ni le doigt sans la main
Parce que la raison
A sombré dans l'absence
Tu me manques
Mon amour
Tu me manques
Et je me meurs."
[Gérard Levoyer]
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